La Lettre de père. Une Famille juive de Tunis dans l'enfer nazi
La Lettre de père. Une Famille juive de Tunis dans l'enfer nazi par Frédéric GASQUET (Ed. Le Félin)
Ce livre est intéressant à double titre. D’une part il rappelle que l’occupation allemande en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943 fut terrible, notamment pour la communauté juive de Tunisie qui était déjà soumise aux lois discriminatoires du gouvernement de Vichy, appliquées sans nuances par le Résident général, l’Amiral Esteva, et qui vit sa situation s’aggraver. D’autre part l’auteur évoque avec talent, son père, Gilbert Scemla, brillant polytechnicien, qui tenta avec son père, Joseph, et son frère Jean de franchir les lignes allemandes pour rejoindre les Forces Françaises Libres. Ils fu-rent dénoncés par leur «homme de con-fiance» tunisien, déportés en Allemagne, condamnés à mort et décapités en 1944, à Halle. Frédéric Scemla, qui devint Gasquet à la suite du remariage de sa mère avec Louis Gasquet, mariage conforme aux vœux de Gilbert Scemla dans sa «lettre», narre le cheminement de ses recherches, sorte de quête du Saint Graal, pour savoir exactement ce qui s’est passé du jour de l’arrestation de son père jusqu’à celui de son assassinat. Cette «lettre» fut celle adressée par Gilbert Scemla à sa femme le 22 mai 1944 après avoir appris sa condamnation à mort. Elle est d’une très grande élévation et mériterait d’être enseignée dans les écoles. Elle est bouleversante et magnifique et traduit ce qu’étaient les espérances d’un jeune intellectuel de cette époque qui veut que son fils soit un «aristocrate». Ajoutons qu’en tant qu’écrivain, Frédéric Gasquet a beaucoup de talent.