Zadoc Kahn , Un grand rabbin entre culture juive, affaire Dreyfus et laïcité.
C’est un ouvrage particulièrement intéressant que viennent de publier les Editions de l’Eclat, sous le patronage de la Fondation du Judaïsme Français et avec l’aide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah sous la direction de Jean-Claude Kuperminc et Jean-Philippe Chaumont..
Il s’agit des actes du Colloque international , consacré à Zadoc Kahn (1839-1905), qui s’est tenu du 5 au 7 décembre 2005 à l’Institut historique allemande de Paris.
Zadoc Kahn est probablement le grand rabbin le plus célèbre du 19° siècle. Il incarne à son plus haut degré le franco-judaïsme. Sa vie s’est déroulée dans une période très troublée. D’abord la guerre de 1870, la défaite française et le perte de l’ Alsace et d’une partie de la Lorraine, terres si importantes pour le Judaïsme français, avec l’arrivée massive de Juifs d’Alsace et de Lorraine qui ont voulu rester français.
Ensuite, l’affaire Dreyfus, expression d’un antisémitisme virulent et qui a divisé les Français. Enfin, le conflit entre la République laïque et les cultes qui a abouti à la séparation des églises et de l’Etat, peu de temps après le décès du grand rabbin Zadoc Kahn. Dans la tempête le grand rabbin su tenir ferme le cap, avec une grande dignité.
Très cultivé, il a voulu que les fidèles juifs puissent comprendre la Bible et que le culte tienne compte de l’évolution du monde contemporain.
Intéressé par la « Wissenschaft des Judentums » (Science du Judaïsme) qui s’était développée en Allemagne mais ne pouvait être adaptée telle quelle en France (notamment à cause de l’hostilité entre les deux pays ), le grand rabbin Zadoc Kahn a créé la Société des Etudes Juives et son expression, la Revue des Etudes juives, pour permettre une étude historique et critique des textes sacrés. Cette société et cette revue sont toujours bien vivantes.
Il a entraîné tout le rabbinat français dans une grande œuvre : la traduction en français de la Torah, c’est ainsi qu’est née après plusieurs années de travail la « Bible du rabbinat français ».
Alors que l’on célèbre actuellement le centenaire de la naissance de l’Union libérale Israélite de France, on s’aperçoit que si Zadoc Kahn n’était pas mort en 1905, l’Union libérale n’aurait peut être pas vu le jour, car le grand rabbin avait permis au rabbin Louis-Germain Levy et à la tendance réformatrice du judaïsme d’avoir sa place au sein de la synagogue de la rue de la Victoire.
Ses successeurs n’ayant pas eu la même largesse d’esprit, la rupture a été consommée entre le judaïsme consistorial et le judaïsme réformé et le rabbin Louis Germain Levy installa la synagogue libérale rue Copernic.
Le 19° siècle avait aussi été le siècle de la colonisation de l’Algérie et Zadoc Kahn s’intéressa beaucoup au judaïsme algérien, en l’encadrant par des rabbins consistoriaux français. Il s’intéressa aussi au judaïsme tunisien, en tenant compte que la Régence de Tunis n’était pas devenue française.
En étudiant la vie de Zadoc Kahn on découvre un personnage attachant et dont l’ouverture d’esprit contraste avec certains comportements d’aujourd’hui.
Zadoc Kahn , Un grand rabbin entre culture juive, affaire Dreyfus et laïcité.
Bibliothèque des fondations - EDITIONS DE L’ECLAT