Un été meurtrier
L’été 2007 s’est révélé particulièrement meurtrier pour le judaïsme français qui a vu s’en aller des personnalités qui ont particulièrement compté pour lui. La disparition du Cardinal Aaron Jean-Marie Lustiger a revêtu un aspect exceptionnel.
Jamais un prince de l’Eglise n’avait affirmé son ascendance juive avec autant de force, et jamais nous n’avions vu l’Eglise en tenir un tel compte. La cérémonie qui s’est déroulée sur le parvis de Notre-Dame, avant que le cercueil ne soit transporté dans la cathédrale, fut extraordinaire. L’allocution du petit-neveu du Cardinal, et le kadish entonné par son cousin et par l’assistance tandis que des prêtres en distribuaient le texte auraient été impensables il y a quelques années, tout comme l’accueil réservé dans la cathédrale à la délégation de la communauté juive. Le Baron Guy de Rothschild montra son grand courage pendant la guerre. Une fois celle-ci terminée, à la tête du Fonds Social Juif Unifié, il prit une part déterminante dans la reconstruction du judaïsme français. On lui doit beaucoup. Peu après la disparition du Baron Guy, le décès du Baron Elie venait endeuiller de nouveau cette famille dont le destin a longtemps été de guider - et avec bonheur - le judaïsme français. Quiconque a eu la chance d’approcher André Chou-raqui a été réellement marqué par cette rencontre avec ce grand penseur juif, Français d’Algérie devenu maire-adjoint de Jérusalem, qui incarnait la possible réconciliation entre Judaïsme, Christianisme et Islam – dont il avait su exprimer le sens profond de leurs textes sacrés. Si le Fonds Social a joué un rôle essentiel dans la reconstruction du judaïsme français, c’est à sa reconstruction spirituelle que s’était attaché notre ami Paul Roitman. Abandonnant ses études de médecine, il s’était consacré pendant la guerre au sauvetage des enfants juifs et à l’organisation de la Résistance juive. Une fois le conflit terminé, qui avait littéralement saccagé le judaïsme religieux, il se consacra à la formation des cadres supérieurs et à la reconstitution des communautés juives de la banlieue parisienne. Créateur de Torah Ve Tsion et du Bné Akiva, après son alya il poursuivit son action en Israël avec Torah Be Tsion et avec l’animation des Centres Fanny Kaplan. Nous ne pouvons, hélas, nommer tous ceux qui nous ont quittés durant l’été mais nous voulons apporter à leurs familles et à leurs amis l’assurance de nos sentiments particulièrement endeuillés et celle de notre affection.